Un enfant de deux ans peut passer de l’euphorie à la frustration en quelques secondes, sans raison apparente. Les réactions disproportionnées, souvent perçues comme irrationnelles, ne sont pas systématiquement le signe d’un problème ou d’une mauvaise éducation.
Des études montrent qu’à cet âge, l’expression de l’opposition et de la volonté propre suit un schéma universel, mais l’intensité varie fortement selon l’environnement familial et le tempérament de l’enfant. Certains professionnels recommandent des stratégies simples et répétées pour traverser cette période, tout en soulignant l’importance de repérer les signaux d’alerte nécessitant un accompagnement spécialisé.
Le terrible two : comprendre une étape clé du développement
La fameuse période terrible two, cette fameuse « crise des 2 ans », n’épargne quasiment personne. À cet âge, les enfants revendiquent une autonomie nouvelle. Ils explorent, s’opposent, testent les limites sans relâche. Cette période se traduit par des colères imprévisibles, des refus inattendus, des sautes d’humeur qui prennent parfois les adultes au dépourvu. Les parents découvrent alors un enfant animé par une volonté propre, qui surprend autant qu’elle déroute.
Ce bouleversement n’a rien d’anodin. Vers deux ans, le cerveau de l’enfant connaît une transformation spectaculaire : le langage se construit rapidement, la compréhension des règles émerge, mais la gestion émotionnelle, elle, reste encore à l’état d’ébauche. Les neurosciences sont formelles : la maturation du cortex préfrontal, responsable du contrôle des impulsions, est encore loin d’être achevée.
Les manifestations de cette période prennent des formes variées : des cris, une opposition frontale, des pleurs qui semblent sans fin, jusqu’au rejet systématique des consignes. Selon le caractère, certains enfants font entendre leur désaccord à grands renforts de décibels, d’autres préfèrent se murer dans le silence ou s’éloigner.
Voici quelques signes concrets de la phase dite « terrible two » :
- Des refus soudains : l’enfant s’oppose à tout, parfois sans logique apparente.
- Un besoin d’indépendance affirmé : il veut tout faire par lui-même, quitte à se heurter à ses propres limites.
- Des réactions émotionnelles intenses : colères, chagrins, accès de tendresse inattendus.
Il ne s’agit pas d’un problème d’éducation, ni d’une suite de caprices. L’enfant affirme tout simplement qui il est en train de devenir. C’est une étape structurante, nécessaire à la construction de son identité.
Pourquoi les crises surviennent-elles à cet âge ?
La violence apparente des crises autour de deux ans surprend plus d’un parent. Mais l’enfant ne cherche pas à provoquer. Il tente de s’affirmer, alors que tout change très vite autour de lui. Son cerveau est en pleine effervescence, les connexions neuronales se multiplient, mais la gestion des émotions reste balbutiante.
Les accès de colère, les refus répétés, n’ont rien à voir avec un simple caprice. L’enfant se heurte à la frustration : il comprend beaucoup de choses, mais ne sait pas encore toujours les exprimer. Le langage se développe, mais reste parfois insuffisant pour traduire le flot d’émotions qui le traversent. Cette incapacité à dire ce qu’il ressent nourrit la tension, et renforce la fameuse phase d’opposition.
L’angoisse de séparation ressurgit également à cet âge. L’enfant réclame le parent, puis le repousse dans la même minute. Ce paradoxe nourrit des tensions et accentue les variations d’humeur. Entre désir d’indépendance et besoin de sécurité, il cherche ses repères, se heurte à ses propres limites, et la crise éclate.
Les situations à l’origine de ces réactions sont souvent les mêmes :
- Refus de coopérer lorsqu’une consigne freine son envie de faire seul.
- Colères explosives en réaction à une interdiction ou à une frustration soudaine.
- Régulation émotionnelle difficile : après une montée de tension, il peine à retrouver son calme sans aide.
Cette période d’opposition, aussi déroutante soit-elle, marque la conquête de l’autonomie. C’est un passage obligé, qui forge la personnalité de l’enfant, même si les tempêtes émotionnelles mettent les adultes à rude épreuve.
Des conseils concrets pour apaiser le quotidien en famille
La « crise des 2 ans » bouleverse l’équilibre familial. Mais quelques changements ciblés peuvent réellement améliorer la vie de tous au quotidien. Premier réflexe : installer une routine. Des repères fixes (repas, sieste, jeux, coucher) rassurent l’enfant, qui sait à quoi s’attendre. Cette prévisibilité réduit l’insécurité et, souvent, la fréquence des crises.
Adaptez aussi la communication. Privilégiez des messages courts, un ton apaisé, et donnez une instruction à la fois. À cet âge, l’implicite n’existe pas : l’enfant a besoin d’explications directes et de gestes qui accompagnent les mots. Face à une colère, mettez-vous à sa hauteur, nommez ce qu’il ressent : « Tu es en colère parce que tu voulais ce jouet. » Cette façon de valider l’émotion aide l’enfant à apprendre peu à peu à la gérer.
Voici quelques pistes pour faciliter les journées :
- Offrez-lui des choix limités : « Tu veux ton manteau rouge ou bleu ? » Cette illusion de contrôle peut désamorcer bien des conflits.
- Prévenez avant chaque transition délicate. Annoncez cinq minutes avant qu’il sera temps de ranger ou de passer à une autre activité.
- Proposez des activités sensorielles et motrices, inspirées des méthodes Montessori, pour canaliser toute cette énergie qui déborde.
La bienveillance ne signifie pas tout accepter. Fixer un cadre sécurisant, rester cohérent entre adultes, encourager les efforts plutôt que le résultat : autant de principes issus de l’éducation positive qui rendent cette période plus vivable. Un climat familial apaisé n’empêche pas les moments difficiles, mais construit une base solide pour traverser cette étape charnière.
Quand et comment demander de l’aide : ressources et experts à connaître
Certains jours, la phase terrible two semble insurmontable. Quand l’épuisement guette, il est toujours légitime de chercher de l’aide. Parler avec d’autres parents, rejoindre un groupe de soutien, participer à des ateliers de parentalité ou échanger sur des forums spécialisés : autant de ressources précieuses pour sortir de l’isolement et recueillir des conseils testés par d’autres familles.
Quand les crises deviennent trop envahissantes, n’hésitez pas à consulter un professionnel : coach parental, psychologue spécialisé dans la petite enfance, ou praticien formé aux approches d’Isabelle Filliozat ou de Catherine Gueguen. Leur accompagnement, centré sur l’écoute et la gestion des émotions, peut transformer durablement la dynamique familiale.
Pour vous orienter, plusieurs possibilités existent :
- Les maisons des familles, présentes dans de nombreux départements, organisent des ateliers et des permanences d’écoute ouverts à tous.
- Les structures de PMI (Protection Maternelle et Infantile) proposent des consultations gratuites avec des psychologues ou des puéricultrices compétentes sur la question.
Vous pouvez aussi multiplier les ressources en ligne : vidéos, podcasts, articles de fond. Le site de l’Association française de pédiatrie ambulatoire ou les conférences d’experts comme Isabelle Filliozat offrent des éclairages précieux pour comprendre cette phase et ajuster votre posture éducative.
Il n’existe pas de recette magique pour traverser la tempête du terrible two. Mais chaque parent, épaulé, informé, finit par trouver la voie qui lui ressemble. Et derrière chaque crise se cache la promesse d’un petit être qui, jour après jour, apprend à devenir lui-même.


